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décrire , quoique je l’aie fait faire dès les prea miers mois de mes leçons, et qui a toujours produit une agréable surprise parmi les personnes qui en ont été témoins. Je tiens deux baguettes de différentes couleurs. Chacun se demande avec étonnement ce qu’on va faire. Jeunes élèves, c’est un nouveau plaisir que je vous offre pour récompense de votre application. Divisez-vous en deux sections: vous allez chanter en harmonie ,- ce nom vous’réjouit. Vous êtes impatiens d’éprouver l’effet qu’il annonce , et vous ne regardez pas\ combien il étonne ceux qui vous entourent. On n’ose pas croire à la justesse de vos accords , ou du moins on cherche à s’en rendre raison. On se demande comment deux idées différentes ne vont—elles pas s’entredétruire, exprimées simultanément par des chanteurs de si fraîche origine. Mais à ce? rai— sonneinent nous répondons d’abordpar un fait, qui est qu’elles ne s’entredétruisent pas; et nous ajoutons qu’elles ne doivent pas s’entredétruire, parce que vos idées sont fortement attachées à leurs signes, parce que vous lisez et que vous ne récitez pas , que chacun de vous ne s’attend que sur lui-même , et qu’il exprime de lui-même son idée sans rien emprunter de son voisin qui non plus m’emprunte rien de lui. Suivez donc cette baguette avec confiance , vous souvenant que c’est elle qui vous fraya les premières routes que vous avez parcourues, et qu’à sa suite vous n’avez jamais trouvé, ni Vous ne trouverez jamais d’obstacles. Chantez. . . . Eh bien ! voilà purement exprimées toutes sortes de consonnances : des tierces et des sixtes , des quintes, des octavcs. Continuez. Voyez-vous les baguettes suivre trois sortes de mouvemens qu’on appelle direct, oblique et contraire? Les deux baguettes montent ou descendent ensemble : voilà le mouvement direct, ou sem— blable, ou parallèle. A présent une baguette monte tandis que l’autre descend: voilà le mou.vement contraire. Une baguette reste en place tandis que l’autre continue sa marche ascendante ou descendante: voilà le m0uvement oblique. Ces mouvemens ne sa font pas au hasard, ils sont soumis à des règles qu’une longue observation a fait découvrir aux musiciens , et que je vous ferai connaître. Ici les deux baguettes font note contre note, point contrepoint. Là une baguette marque des temps uniformes, tandis que l’autre les divise. A présent elles échangent leur travail, 'le' chant passe à la basse, les tenues sont dans le dessus. Voyez l’une d’elles parcourir les notes d’un même accord; elle y c0ntinue ses batteries, et cependant l’accord est changé... ; c’est parce que l’autre baguette a. fait un mouvement. Voici de simples notes de passage qui ne sont de rien à l’harmonie; mais voici des dissonnances préparées et sauvées Par des consonnances. Ici le ton va changer}, parce que je transforme dans ma pensée cet accord de dominante,'où nous sommes, en un accord de tonique; modifiez vos idées sur cet averti : quittez l’impression du ton précédent, et tenez-vous prêt aux accidens de celui-ci. Maintenant je change le mode en conservant la même tonique... Prévoyez-vous les bémols ou les dièses qui vont survenir?

Voilà par quelles pratiques saisissant les idées au passage, nous attachons invariablement à chacune les règles qui s’y rapportent. En mêmetemps on voit que par-tout où seront réunis mes élèves, il sera aisé de tirer du plaisir de leur instruction, en les rangeant de cette ma— nière sous la conduite d’un maître qui se chargera de.tenir la baguette et d’improviser des chants. Comme ce clavier naturel sera d’autant plus étendu qu’on réunira plus de différentes espèces de voix , on pourra y marquer du moins deux parties, comme je viens de faire; et peut— être trouvera-bon quelque jour le moyen d’y

marquer une harmonie complète en y couduis sant plusieurs baguettes. Je ne doute pas que la facilité qu’il y aura de se procurer cette jouissance, quand la méthode sera plus répan— due, ne développe parmi nos amateurs, hommes de goût , ce talent d’improviser qu’on dit qui est poussé si loin en Italie.

Il me reste à discuter une question impor tante, relativement aux modulations : c’est de Savoir si elles ne sont bien déterminées que par le conc0urs de la basse et du chant, ou s’il n’appartient qu’à l’harmonie de donner l’impression du ton , et si la mélodie n’a pas comme elle ce privilège. Il est permis de s’étOnner que cette question ait été agitée. Il paraît cependant que ce qui y a donné lieu , est d’avoir remarqué qu’une même phrase de chant puisse prendre la couleur de difi'érens tous par la diversité des basses qu’on lui assigne. Mais ce fait, qui est exact, comporte-t-il la conséquence qu’on en a tirée? c’est ce que nous allons apprendre.

Il faut considérer d’abord que la détermination du ton ne dépend pas seulement des cordes qui vont être frappées, et qu’elle dépend aussi de l’ordre'dans lequel on les frappera. A cet égard, un seul tétracorde peut se trouver dans deux tons différens, soit dans celui de sa dern nière corde quand on le monte , ou dans celui de sa première corde quand on le descend. Il est incontestable, par exemple, que si je'répète plusieurs fois dans cet ordre le tétracorde ut re' mifiz , l’oreille prendra naturellement l’im— pression du ton de fa ; et qu’au'contraire, si'je .le répète plusieurs fois dans cet ordre fa mi re'ut, elle prendra l’impression du ton d’ut. D’ôùvient cela ? le voici. . ‘ La tonique est une notede rep’os vers laquelle tendent toutes les phrases musicalesqù’on en— chaîne. Celles-ci s’en'écart‘ent et.’s’)en appro— chent sans cesse , à peu près comme les balancemens d’un corps-suspendu l’éloignênt de la verticale et l’y ramènent. .L’oreillepréjuge le terme de ces espèces d’ondulations; et dès qu’elle l’aperçoit,ellele sonSæn'tend jusqu’à la fin‘, prenant plaisir à lui comparer tous les sons qui se succèdent. Or, quand elle entend répéter plusieurs fois , en‘n‘otes égales, cette succession fa re' ut, elle n‘e-peut‘ s’empêcher de prévoir ou du moins de désirer que l’ut soit le terme de ces répétitions; aussi est-on sûr de la choquer,si l’on se repose sur une autre ‘note : vous vous écrieriez alors que le chant n’est Pas fini; qu’estœe que cela veut dire? car le chant est 'fini du moment qu’on ne chante plus... Cela

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