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nouvelle armure de clef par six dièses, au lieu de six bémols qu'il eût fallu régulièrement. Or, un vocaliste, même exercé, est arrêté tout court à une énigme-si embrouillée, car il croit qu'on lui demande une modulation impossible à pratiquer, et il cherche long-temps dans sa tête par quel secret le compositeur qui propose cette difficulté a pû parvenir àla surmonter lui-même; mais ce n'est point une vraie difficulté qu'il propose , c'est proprement lÉle ignorance de sa part, ou tout au moins une méchante énigme qu'il a voulu faire : et quand on lui appliquerait la première supposition, il n'aurait au juste que ce qu'il mérite; car, pourquoi entortiller ses idées et venir mettre l'esprit des gens à la torture pour les deviner? La musique manquait-elle d'obscurités, sans y en ajouter de nouvelles?... J'ai sous les yeux un exemple tel que celui dont je parle : c'est une grande marche russe j faite par nn anonyme, et que l'éditeur aurait bien dû écrire plus correctement en faveur des jeunes demoiselles à qui il l'a dédiée.

Quoiqu'il én soit du tempérament et des licences qu'il entraîne, mon élève connaît désormais assez bien la construction du clavier, pour qu'en prenant une baguette en main il puisse marquer un air sur les touches du piano, comme il le marque sur son échelle d'exercice : sa voix accompagnant l'instrument exprime en les nommant les mêmes sons que fait résonner la baguette; et, selon le ton qu'il a pris, il sait d'avance les touches noires qui doivent y être employées, et les blanches qui doivent en être exclues. Cet exercice, qui n'a été qu'accidentel tant que nous avions à nous occuper des barbeaux de la portée, va désormais devenir fondamental, et formera l'introduction la plus naturelle que j'imagine à l'étude des instrumens quelconques. Le piano, par la disposition régulière de tous les sons de nos systèmes diatoniques et chromatiques, est très-propre à donner l'intelligence des autres instrumens, et je suis d'avis que l'élève commence par celui-là, pour y étudier quels différens systèmes de touches sont nécessaires pour engendrer les différentes modulations qu'il connaît. Quand il ne ferait que deux mois ou un seul cet exercice, supposé que l'instrument ne fût pas de son goût, il en retirerait le plus grand fruit pour tout autre instrument qu'il voudrait prendre. Car, il faut remarquer que la connaissance du clavier ne consiste pas à savoir uniquement quelle touche rend tel ou tel son, mais plutôt quel groupe de touches constitue tel ton et tel mode. Or, ce

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but est le même sur tout instrument; mais leg combinaisons de doigts, qui y remplacent les groupes dont je parle, ne s'y représentent pas si nettement à l'esprit, et l'élève ne verrait que la confusion de leur multitude, s'il n'avait appris, par l'exemple du clavier, que toutes ces combinaisons se distribuent en autant de groupes qu'il y a de tons et de modes en musique.

Mon but est donc que l'élève sache, pour ainsi dire, jouer des yeux sur le clavier avant d'y mettre les mains; c'est-à-dire, qu'il sache parcourir des yeux ces différens groupes de touches qui constituent les divers tons de l'instrument, passer des uns aux autres selon les lois de la modulation, et en même temps suivre des yeux de l'esprit les idées que l'instrument rendrait s'il était réellement touché, mais qu'en attendant l'élève sait rendre pour lui à l'aide de sa voix. Je l'atteindrai infailliblement ce but en remplaçant notre échelle de portée par un grand cla vier dessiné que je ferai servir au même usage. Là je frapperai les touches à la baguette selon toutes sortes de modulations, et ces touches, devenues pour ainsi dire sonores, en présence de mes élèves rassemblés, iront résonner dans leur bouche et y exprimer à souhait toutes mes pensées,

Dès que mon élève voudra appliquer ses mains à un instrument, je lui donnerai quelques préceptes généraux qui devront le guider dans cette application. C'est ici le dernier usage que je ferai de la confiance qu'il a placée en ma méthode, et je pense avec satisfaction qu'il y correspondra, parce que ]'auraicomplètement déterminé sa conviction. Je lui dirai donc de ne jouer long-temps que d'imagination et sans cahier de notes sous les yeux, ou du moins de jouer de mémoire , en apprenant d'abord par cœur les morceaux qu'il voudra exécuter sur son instrument. Il peut suivre cette marche sans peine, sachant lire oralement la musique; et cette marche est fondée sur celle que j'ai suivie pour lui enseigner l'intonation; je voulus alors lier ses idées mélodieuses à des syllabes, avant de lui mettre des lignes sous les yeux; mais ici les syllabes sont remplacées par autant de doigiers difTérens, et c'est à ces doigters que doivent préalablement se lier les idées. Le doigter général est à un instrument ce que l'alphabet ut mi... est à la voix : en sorte qu'on pourrait dire que ces syllabes ne sont que les divers doigters de l'instrument vocal, ou la cause occasionelle qui lui fait exprimer nos idées. Ainsi l'analogie porte à se conduire dans l'un comme dans l'autre cas.

Je lui dirai encore de ne jouer d'abord que sur le mode d'ut majeur, avec ses deux adjoints sol et fa et sur les relatifs mineurs de ces trois tons. Ces six toniques, en deux modes, lui offriront matière à un assez long exercice, et ce n'est que lorsqu'il sentira qu'il les possède suffisamment, qu'il pourra attaquer avec confiance les autre> tons et les autres modes usités.

Je veux bien qu'il s'essaye à faire des traits rapides sur son instrument, et qu'en soumettant ses doigts aux lois de la mesure il cherche à exprimer toutes les coupes du temps qu'il connaît; mais je ne voudrais pas qu'il plaçât là exclusivement l'idée du beau. Je voudrais qu'il s'accoutumât à regarder comme le nec plus ultra de l'exécution, ce qu'on dédaigne communément sous le nom de petits airs j et qui pourtant nous charme toujours au théâtre. Ce n'est que d'un grand maître qu'il pourra apprendre de quelle manière on doit exécuter un petit air y pour produire d'agréables, de douces, de vives émotions; au lieu que le premier venu, et luimême, pourra réduire cet air tout en triples croches, sans y rien comprendre.

Je n'omettrai pas de lui exposer la théorie générale des instrumens à ton mobile, comme de. ce qu'on appelle clarinettes et cors en utj

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