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difficultés qu'il faut vaincre, et qui naissent à chaque pas, le temps n'est pas venu d'y étudier les lois de l'harmonie.

D'un autre côté, tant que la voix n'intervient pas dans cette pratique, et qu'elle attend au contraire son éducation de celle des doigts et de l'instrument, on conçoit combien il doit être difficile de se représenter une idée harmonique à la seule vue des signes écrits. Il faut long-temps recourir à l'instrument.pour concevoir cette idée, parce qu'étant réellement le seul signe auquel elle se soit liée, il est aussi le seul qui puisse la rappeler à l'esprit. Mais de quoi ne vient-on pas à bout par un travail obstiné ? Un temps arrive enfin, et c'est quand l'éducation de la voix est faite, un temps arrive, dis-je, où l'on est capable de sous - entendre une partie sous une autre que l'on chante, et réciproquement d'exprimer la première en sous-entendant la seconde. De là à sous-entendré l'effet d'un trio, ou d'une harmonie complète , «il n'y a plus qu'un pas à faire. C'est donc encore par l'intervention de la voix qu'on devient harmoniste; je dis que c'est par elle, quand jjnême on l'aurait peu sonore, peu étendue, en un mot, quand elle serait dépourvue des qualités brillante qui font celle d'un chanteur.

Que si l'on veut voir de plus près la raison de cette nécessité, on n'a qu'à considérer combien de momens sont perdus pour l'étude de la musique, quand on la fait par un instrument, qui ne le seraient plus si l'on y employait l'instrument vocal une fois mis aux ordres de la jjensée qu'il accompagne par-tout. On n'a pas toujours la force de volonté ou le temps nécessaire pour se mettre au piano qu'on serait obligé de quitter dans quelques minutes. Cependant ces minutes suffiraient pour faire, sur des phiases \ocales, plusieurs opérations de l'esprit qui se répéteraient tous les jours dans mdle circonstances pareilles. Bien plus, ces opérations s'entremêleraient à d'innombrables petits emplois du temps qui ne sont nullement incompatibles avec elles, pas plus qu'ils ne le sont avec des réflexions de toute autre espèce dont nous les accompagnons involontairement. C'est-à-dire, que nous pensons toujours, et même g toute autre chose souvent qu'à ce que nous faisons; et, si l'on y réfléchit bien, on verra que c'est par là, plus qu'au cabinet, que nous^vons acquis la meilleure part de nos connaissances. La vie est une éducation continuelle.

Je tire parti de ces considérations pour le progrès de mes élèves. Je veux que mes leçons les poursuivent jusque dans leurs amusemens, et que toutefois elles ne leur soient pas importunes. Je m'assure que, tant qu'ils auront des effets physiques sous les yeux, ils en feront des rapprochemens, des comparaisons, des combinaisons continuelles , sans que personne les y aide ou les y invite; car c'est ce qu'ils font tous les jours sur toute matière, et c'est ce que nous faisons nous - mêmes à notre âge et que nous avons toujours fait. Or, pour rendre permanentes les sensations sonores, il n'est que de leur donner la voix pour cause et des mots pour signes. Voyez ce qui en résulte; voyez cet enfant de huit ans jouer à la balle contre un mur; il cherche à la pousser en mesure, il se propose pour difficulté de lui faire subdiviser le temps aussi régulièrement qu'il le divise de la voix; il traîne une baguette contre les.barreaux d'une grille dans le même dessein. En même-temps il solfie des phrases qu'il enchaîne sous diverses modulations. Là il s'arrête un moment pour regarder quelle est cette difficulté qui gêne ses intonations ordinairement si faciles : il la découvre et la surmonte. Je m'approche, et je l'interroge : dans quel ton solfies-tu ? — Je solfie en sol, mode mineur. — De quel ton y es-tu venu? ■— J'y suis venu de solj mode majeur, et auparavant j'étais en mi mineur, etc., etc.

Un enfant peut donc réfléchir à ses actes : ce fait le démontre. Et qu'on n'allègue pas que la légéreté de son âge l'en rende incapable: il oublierait aussitôt de prononcer les noms de campagne j à!arbre et de verdure j quand il est en présence de ces objets, que de prononcer les noms de sol ut mi ré.... quand il entend un air composé de ces sons. Voilà ce qui explique pourquoi mes élèves, dans une interruption de leçons, dans un temps de vacances, ne perdent rien de ce qu'ils ont appris. Je les retrouve au moins au point où je les ai quittés; je dis au moins, car ordinairement je les revois plus affermis sur la pratique des mêmes choses.

Continuons d'examiner ce qui se passe dans cette jeune tête, aujourd'hui remplie d'idées, et voyons jusqu^où peut le pousser, abandonné à lui-même , l'impulsion que je lui ai donnée; ce n'est qu'ainsi que nous pourrons juger de ce qu'il faut faire pour le conduire toujours dans le même sens. • *

Tant qu'il ne connut qu'un seul alphabet, modèle de tous les tons, il ne songea qu'à faire toutes les combinaisons possibles des sept sons qui le composent; il chercha à les arranger sur diverses coupes de mesure, diverses sous-diyisions des temps, divers degrés de vitesse. S'il _ osait attaquer des dièses et des bémols, il en revenait tout de suite, crainte de s'égarer à les poursuivre dans les nouveaux tons qu'ils annonçaient. Quand il connut d'autres alphabets, c'est-à-dire, d'autres langues pour exprimer une même idée, il chercha d'abord à se les rendre faciles en faisant passer successivement dans toutes , les phrases de chant qu'il avait dans la tête, ou les airs nouveaux qu'il rencontrait. Aujourd'hui que ces diverses langues lui sont devenues. familières, et qu'il pourrait solfier sur chacune d'elles ce qu'on aurait écrit sur toute autre, il ne peut plus se renfermer dans cette seule pratique, on doit s'attendre qu'il en sortira. Que va-t-il donc faire ?... Il va chercher à faire succéder ces langues l'une à l'autre, et les tons respectifs qui leur appartiennent, de toutes les manières possibles ou du moins praticables. Il entrelacera donc au hasard les tons et les modes. Mais l'extrême dureté de certaines successions le fera bientôt s'assujettir à des règles qui seront précisément celles que je lui aurai données pour lui faciliter cette nouvelle espèce de combinaison. Il ne mettra donc v naturellement en succession que les tons qui

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