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entrent dans les phrases qu'il a comparées, les chanter sous les mêmes noms, dans le même ordre de succession, mais sous des durées différentes , et demander à tous ceux qui l'entourent s'il ne nomme pas bien les sons qu'il fait entendre.

Ce premier pas était pour lui le plus difficile à faire ; il lui fallait séparer deux idées qu'il avait jusqu'alors confondues, en attribuant à chaque mot sol ut mi j etc., la double propriété de désigner et l'intonation et la durée du son. Désormais dégagé de cette entrave, ses comparaisons, devenues plus faciles, vont se multiplier indéfiniment. Bientôt il connaîtra au juste la vraie propriété des mêmes mots; il les combinera au hasard, il en fera lui-même des phrases auxquelles il ne manquera peut-être que d'une certaine mesure pour être agréables.

Mais voyons de plus près quelle idée il se sera faite des syllabes de la gamme. Ces syllabes lui rappelleront-elles chacune un son fixe, une intonation déterminée? Sa glotte se sera-t-elle disposée comme un piano qui ne peut sonner un fa qu'au degré que donne telle touche, et au ton où l'on a monté l'instrument ? Non, il n'en sera pas ainsi: un^jUn solj ne seront pas pour lui des qualités absolues comme le vert ou .; le rouge. Ce seront des qualités relatives au ton

qu'il voudra prendre pour chanter. Donnez-lui un ut arbitraire, ou bien qu'il le prenne de luimême, comme c'est sa coutume, et de suite il vous exprimera le fa de cet utj le sol de cet ut j non le fa et le sol de tel piano : un autre ut appellera dans sa pensée un autre fa un autre sol. Proprement il est encore plus avancé qu'on n'imaginait; il s'est élevé jusqu'aux idées générales de tonique j de médiantej de dominante de sensible j etc.; et ce sont vraiment ces idées qu'il entend désigner par les noms ut, mi, solj sij etc. Gomment donc a-t-il généralisé jusqueslà ? Très-facilement : le voici. J'ai dit que j'avais ramené à un même ton tous les airs que je lui enseignais; ce n'est pas à dire qu'il les ait loua chantés sur le même ton, on sent que la chose lui aura été souvent impossible; mais c'est-àdire qu'il en a toujours dénommé les sons comme si le ton fût resté le même, et tel par exemple que celui d'ut naturel. Par-là, je l'ai empêché d'attacher au nom d'ut l'idée d'aucun son cléter-< miné, puisque souvent il aura eu besoin de changer d'ut en changeant d'air, que souvent aussi il aura changé d'ut sans nécessité, et que d'autres fois encore il aura changé d'air sans changer d'ut. D'où il arrive qu'il n'a pu lier ces noms qu'à des intervalles de sons et non à des «ons fixes. Ne lui demandez donc pas de vous chanter un sol isolément, il ne saurait ce que vous voulez dire, ou bien il supposerait d'abord un ut pour ternie de comparaison; mais demandez-lui de vous chanter deux ou plusieurs sons dans un ordre que vous déterminerez vousmême :soljmij soljjla jfajjsijut; comme tous ces intervalles sont bien gravés dans sa tête, tant majeurs que mineurs, il n'en manquera pas un.

Ce serait une grande absurdité que de vouloir que l'élève attachât aux notes de la gamme l'idée d'un degré de son invariable, parce que, diraiton , ils se rapportent à des touches, déterminées du clavier; comme si c'est une chose à pouvoir retenir en mémoire que la gravité absolue d'un son ; comme si nous pouvions retenir exactement autre chose que les degrés relatifs de gravité appelés intervalles; et comme si ce n'était pas là aussi le point essentiel, celui qui nous fait reconnaître un air pour même en divers temps et en diverses bouches, le seul enfin par où la musique puisse être écrite et lue. Et où est, dans la nature, ce degré fixe d'intonation auquel on voudrait ramener la lecture de la musique? Est-il dans la voix humaine soumise à toutes les influences de l'atmosphère? Est-il dans les instrumens soumis aux mêmes influences, ei encore au caprice de ceux qui les accordent? Tous les instrumens du monde sont-ils montés Bu même ton ? Et quand on parle du ton de sol, par exemple, l'entend-on à la chapelle comme à l'opéra, à la capitale comme en province, en France comme en Italie? S'il n'en est pas ainsi, pourquoi vouloir mettre dans la tête des élèves une idée vague de son fixe, dont ils ne retirent d'ailleurs aucun profit pour l'exécution ? Car les musiciens savent bien que ce n'est pas sur cette idée qu'ils se règlent eux-mêmes pour lire la musique; c'est sur la relation des notes dans chaque ton. .C'est donc cette relation qu'il faut faire connaître aux élèves; or, pour qu'ils la connaissent dans tous les tons, il suffit qu'ils la sachent bien dans un seul qui soit le type originaire des autres. D'un ton à un autre, il n'y a rien de changé que les noms des notes; mais les rapports demeurent les mêmes; et quand on songe à la facilité qu'il y a pour tout le monde de transporter un air connu sur des paroles nouvelles, on conçoit de même qu'il est facile de transporter un ton connu sur un autre ton, pour en dénommer les notes différemment.

Il est si peu vrai qu'on lise une à une les notes de la musique comme les syllabes du tliscours, et qu'on attache à chacune d'elle* une idée absolue de son fixe, comme on attache aux syllabes une idée fixe d'articulation de voix, qu'il n'est pas de chanteur, quelqu'habile qu'on le suppose, qui soit capable d'exécuter des passages enharmoniquesj c'est-à-dire, par exemple, des phrases où se trouveraient consécutivement un la dièse et un si bémol. Or, qu'on ne croie pas que la difficulté de cette intonation vienne du manque de souplesse de la voix pour exprimer un si petit intervalle ; car, en renversant l'intervalle et le ramenant à l'état de septième? où l'on ne peut plus dire qu'il soit trop petit r la difficulté reste néanmoins la même; c'est parce qu'elle consiste toute entière à rapprocher les idées de deux tons que les lois de la modu-^ lation rendent extrêmement éloignés, et aux-v quels appartiennent les deux sons qu'on voudrait faire entendre. Mais, sans chercher si loin des exemples, ne sait-on pas qu'il est impossible d'entonner l'un sur l'autre deux demi - tons mineurs, comme les offrirait cé passage : la bémol—la — fa dièse, quoique pourtant il soit aisé d'entonner deux demi-tons majeurs de suite, comme sol dièse—la si bémol? Et'si l'on veut ne considérer qu'un seul demi-ton mineur la-la dièse, quoiqu^il .ne soit pas

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