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autre qu'il apprendra de même. Ne voit-on pas que tous ces signes et tous ces calculs sont indépendais de fa science musicale? que cette science existera toujours hors des signes par lesquels on en écrira les idées, et quels que soient ceux de ces signes auxquels l'usage voudra se fixer?

Si l'on disait que des enfans instruits de cette manière ne seront pas distingués plus que d'autres par une adresse étonnante à se servir de leur voix ou d'un instrument, que si jeunes ils ne seront pas artistes enfin, je répondrais d'abord que la méthode n'avait pas ce but; mais qu'ils seront musiciens j qu'ils sauront lire et écrire les idées mélodieuses, et que c'est par-là qu'il fallait commencer. Eh outre, qui ne voit qu'ils deviendront artistes aussi, et beaucoup plus sûrement et plus vite que les autres élèves ? C'est parce que leur imagination et leur voix auront un sujet continuel d'exercice. dans les signes articulés. Les autres élèves ne savent étudier qu'au pupitre ; les miens étudieront en tous lieux et à toute heure, même en jouant et en sautant beaucoup plus qu a l'école.

Puis donc que tout dépend de faire parler la musique à l'élève avant de le mettre à la lire, avant de lui poser un cahier de notes sous las yeux, avant de lui dire qu'il y ait des notes au monde, toutes nos vues doivent tendre à ce point capital. J'ai dit que pour y parvenir il suffirait, à la rigueur, de graver dans sa mémoire un certain nombre d'airs, ou seulement de phrases musicales ramenées dans un même ton, et de s'en ràpporter ensuite à la seule activité de son esprit du soin de faire sur ces phrases les analyses nécessaires; mais le comble de la perfection serait de trouver un moyen de diriger nous-mêmes' à tout moment sa pensée sur les endroits où nous voudrons qu'elle opère, sans être obligés d'attendre que le hasard l'y amène par des détours.

DÉVELOPPEMENT DE LA MÉTHODE.

C'est ici que je vais découvrir le grand ressort mécanique de ma méthode; en même temps, je dirai quelles forces intellectuelles le mettent en action et lui font produire des effets auxquels on était loin de s'attendre. On verra les mouvemens d'une simple baguette déterminer les accens de mille voix confondues, en diriger les inflexions par les plus délicates nuances, en régler le concours avec une admirable précision; toutes sortes d'airs se dessiner sur une toile en traces fugitives, et passer instantanément dans l'esprit des chanteurs: ceux-ci, étonnés de n'avoir qu'une même pensée, d'obéir de concert aux mêmes impressions, et d'exprimer de leur bouche des chants infiniment variés dont ils n'avaient pas d'idée, et dont il ne reste plus même de traces dans leur esprit ni sous leurs yeux.

Qu'on se figure peinte sur une toile une échelle à larges barreaux, à grandes dimensions, et devant cette toile un nombre d'élèves rassemblés, dont les yeux observent curieusement le bout d'une baguette qui se meut parmi les barreaux de l'échelle, conduite par une main suivantde certaines lois, (Voyez la gravure entête du livre). ,

Ces barreaux et les intervalles qu'ils laissent entr'eux retracent à l'esprit des élèves la disposition consécutive des sons de la gamme; en les faisant servir concurremment à la distribution des sons, on abrège de moitié la longueur de l'échelle; en outre, cqmme ils sont distingués par deux couleurs alternatives, on les aperçoit sans confusion, et le compte en est plus aisé à faire à la vue. D'un autre côté, les élèves étudient sur cet appareil les portées ordinaires de musique, apprenant à y mesurer les intervalles ensemble de l'oeil et de la voix ; proprement, ce

n'est qu'une telle portée qu'ils ont sous les yeux , mais dont les filets ont une largeur sensible.

On ne voit ni clefs ni notes sur cette échelle; les notes sont toutes au bout de la baguette, tant en durée qu'en intonation : en intonation, puisque la baguette s'élève et s'abaisse à divers barreaux; en durée, puisqu'elle y repose plus ou moins de temps au gré du maître qui la dirige. Il n'est pas besoin, en effet, que les notes se présentent en nombre à l'élève qui commence, puisqu'il ne les entonne que successivement; au contraire, il est nuisible qu'on les lui présente de cette manière dans une page de musique, parce que son attention se partage entr'ellesj et qu'il se préoccupe de cette multitude de points noirs qui frappent ensemble ses yeux: aussi est-il long-temps à deviner ce que cela veut dire. Ici, il ne voit jamais qu'une chose à la fois, qui est la baguette sur tel barreau; il ne la voit plus aux endroits qu'elle a quittés, et il ne la voit pas encore à ceux où elle n'est pas arrivée. Ainsi, son attention est toute attirée vers un point unique : première condition d'une étude réfléchie.

Il n'y a donc ici qu'une note, mais elle est mobile; il n'y a non plus qu'une clef, mais elle est mobile aussi. Cette clef est de convenir, à

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chatfue leçon, sur quel barreau Ton veut posen l'ut tonique, premier degré de la gamme; c'est d'après sa position que le&autres notes prennent rang suc l'échelle. L'heureux effet de cette habitude sera que l'élève n'attribue pas. des noms invariables à chaque barreau, qu'il ne les dénomme que par leurs intervalles respectifs, et que, par conséquent, il connaisse toutes les clefs, sans qu'il lui en coûte pour cela ni plus de temps ni plus de peine;

Si la position de Yut est laissée arbitraire sur l'échelle-, son intonation est laissée telle pareillement : chaque fois que l'élève voudra chanter, il appellera ut tel son qui lui conviendra, ou tel «on que donnera le maître. Les degrés des autres sons de la gamme seront déterminés par relation à celui-là : par où l'on voit que le nom d'ut est pris pour désigner la tonique, à quelque ton que l'on chante ( en mode majeur ), le mi pour désigner la médiante, le sol-la. dominante, etc. j et que ces noms ne sont pas, comme dans l'ordinaire méthode, pour rappeler des sons fixes à l'esprit : propriété qu'ils ne sont pas susceptibles de prendre, ainsi que je l'ai démontré plus haut.

Que si les musiciens étaient blessés d'entendre nommer ut en solfiant le son qu'ils appellent sol

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