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§ De la comparaison des intervalles par super~> position.

Pour les confirmer dans cette idée, je léur fais chanter une phrase arbitraire au ton de sol sur l'hexacorde sol la si ut mi; ils la répètent deux ou trois fois pour la bien retenir, puis, à un certain mouvement convenu de la baguette, ils appellent ut le son qu'ils appelaient sol le moment d'avant; et, comme je refrappe les mêmes barreaux dans le même ordre que la première fois, ils s'entendent chanter la même phrase sous des noms différens. Quelle surprise! Je marque une autre phrase au ton

de fa sur l'hexacorde ut mi fa sol la. Ils la remarquent bien; je fais changer le nom de fa en celui d'utj et tout d'un coup la même phrase se répète en ut dans l'hexacorde sol la si ut mij qui est venu occuper les mêmes barreaux de l'échelle. Quelle singulière métamorphose! Comment le nom d'ut perd-il à notre insu sa propriété de tonique ? Comment cette propriété que nous y avions si bien attachée se portet-elle sur le nom de solj qui perd alors sa propriété de dominante, ou sur celui de fa j qui perd la sienne de sous-dominante?... Questions que je n'entreprends pas de résoudre, mais qui Sont dignes des méditations des philosophes (i).! Désormais voilà une vérité bien démontrée et

(i) Je ne puis me refuser au plaisir de raconter ici la naïveté de l'un de ces enfans qui me faisait toutes ces questions a sa manière. Mais si je ne veux pas , me dit-il, que l'ut perde sa propriété de tonique, il ne la perdra pas? — Tout de même , lui dis-je , parce que c'est moi qui la lui fais perdre. — Et pourtant c'est moi qui chante.... Oh! si je voulais, ajouta-t-il finement, il la garderait bien. Tenez, faites encore, vous allez voir, parce que je vais bien faire attention. —■ Ce pauvre enfant soupçonna que je lui escamotais sa tonique, c'était bien l'équivalent; mais il crut m'en empêcher. Alors je le fis commencer en ut, puis je le menai au ton de solj dont je prolongeai l'impression; il sentit que l'ut changeait sa propriété, et il faisait des gestes de ses mains comme pour la retenir. Attendez, me criait-il, c'est que je n'y étais pas. Mais enfin , comme la tonique retournait malgré lui sur le sol, il s'écria piteusement: Eh mon Dieu! qu'est-ce que c'est donc? Je Jais tout ce que je peux, et ça fait toujours autrement! Vous n'entendez pas comme ça fait ? Le sol ressemble à un ut! et l'at ne fait pas comme un ut, il fait comme un fa!

Si ce langage n'est pas élégant, il faut admirer encore plus la justesse des idées qu'il renferme. Peut-on mieux caractériser que par ces mots les propriétés si abstraites de tonique et de sous-dominante?

bien sentie, que l'hexacorde d'ut est égal 5 celui de sol; elle aura de nombreuses conséquences, mais il ne faut pas les en déduire trop tôt, ni toutes ensemble. Il vient de se faire un grand mouvement dans l'esprit de l'élève ; donnons-lui le temps de revenir de sa surprise. En outre, je ne crois pas qu'il faille se contenter de lui faire voir les conséquences dont je parlé, comme simples déductions du principe qu'il a découvert. La tête d'un enfant n'est pas assez forte pour raisonner solidement par les signes écrits; il ne peut guère raisonner que par les mots, c'est-à-dire, comparer ses idées que par eux. Par exemple, vous voulez lui démontrer que les accords de fa et de sol sont égaux chacun à celui d'ut; vous pouvez bien, vous aidant de la vérité qui vient d'être établie j lui mettre sous les yeux, comme ici, les deux hexacordes

sol la si ut mij
ut mi fa sol la j

et les lui faire comparer terme à terme , en lui disant que si le sol tient lieu d'ut dans le chant, le si tient donc lieu de mij et le tient lieu de sol: d'où l'accord sol si tient lieu de ut mi solj et le représente; c'est-à-dire, en a l'air , la propriété. Mais voulez-vous être compris san9 mot dire ? prenez la baguette, frappez l'accord sol sire' plusieurs fois, puis refrappez les mêmes barreaux en faisant appeler ut le son et le barreau qu'on vient d'appeler sol et par conséquent mi et sol les deux autres. L'enfant courra devant votre pensée ; il s'interrompra pour vous annoncer comme une nouvelle découverte, que l'accord de sol est égal à celui d'ut. Faites la môme chose pour l'accord de fa.

C'est de la même manière que vous lui ferez sentir, à quelques jours de distance, que les accords de re'et de mi sont égaux à celui de laj quoique l'on puisse déduire cette vérité de la comparaison terme à terme des mêmes hexacordes; mais, auparavant, il aura été bien de le familiariser avec les impressions de mode mineur, tant par les accords de ce mode que par les phrases qu'on y peut faire sans qu'il y entre de dièses ni de bémols. Par exemple, l'air eh quoi! déjà je vois le jow^j est en mode mineur sans note sensible; beaucoup d'autres tout entiers et une foule de phrases d'opéra sont dans le même cas : on devra les marquer à la baguette.

L'élève est disposé à croire que les sept accords qu'il connaît dans la gamme sont égaux: il veut comparer par la même méthode l'accord de la avec celui d'ut; mais il sent d'abord qu'il» diffèrent. Il s'en étonne; il les compare de .nouveau : il est surpris à présent de rencontrer des différences, comme il l'était auparavant de trouver des similitudes. Confirmez-le dans sa découverte, en lui disant que vous sentez comme lui que ces deux accords ne se ressemblent point, et que c'est pour cela, sans doute, qu'on appelle majeur l'accord dhitj et mineur celui de la. Dites-lui aussi que ces deux noms sont mal choisis pour exprimer cette circonstance , mais qu'on les emploiera plus à pi.opos dans d'autres occasions. Voilà donc, continuerezvous, trois accords qui sont majeurs, puisqu'ils se ressemblent : accord de fa accord d'ut., accord de sol; en voici trois autres qui sont mineurs, puisqu'ils se ressemblent aussi entr'eux et qu'ils sont différens des premiers : accord de accord de laj accord de mi.

Et l'accord de si va-t-il vous demander, qu'est-il? majeur ou mineur? — Il n'est ni l'un ni l'autre. — Oh! ce n'est pas possible. Voilà les idées de l'enfance: elle veut rattacher à ce qu'elle sait tout ce qu'elle ignore, et croit que les idées nouvelles qui lui viennent doivent être dans l'analogie de celles qu'elle a acquises ; elle

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