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à l'accord de quinte mineure si fa, ce n'est pas à la médiante qu'il faut toucher, c'est le son grave qu'il faut faire bémol

pour

rendre cet accord majeur, et c'est le son aigu qu'il faut faire dièse pour rendre cet accord mineur: ou bien il faut dieser à la fois la dominante et la médiante

pour opérer la première transformation, et il faut bémoliser ensemble la médiante et la tonique pour opérer la seconde. On voit encore que les accords majeur et mineur s'échangent l'un en l'autre, quand on dièse ou l'on bémolise conjointement les deux sons extrêmes de l'accord, c'est-à-dire, sa tonique et sa dominante. Il semble maintenant que, pour

faire pratiquer à l'élève ces transformations d'intervalles, il faille qu'il sache d'avance bien attaquer les dièses et les bémols sous toutes les combinaisons qu'ils peuvent se présenter. C'est bien ainsi qu'on le conduit dans la méthode ordinaire, mais on sait aussi

que c'est là qu'est la grande pierre d'achoppement. Ici c'est tout le contraire: l'effet connu qu'on attend du dièse ou du bémol sert précisément de moyen pour attaquer juste cette espèce de sons; car il est clair que nous savions entonner les intervalles tant majeurs que mineurs et sentir leur différence, ayant de

connaître ni dièses ni bémols; c'est pourquoi, étant sur un intervalle majeur, il faut prendre d'abord l'impression du mineur pour arriver surement à faire dièse le son grave, ou bémol le son aigu, et non pas croire que ce soit la puissance du dièse qui opérera la transformation; car c'est, au contraire, la puissance de la transformation, qui, sentie avant d'être exprimée, attire le dièse ou le bémol dans l'esprit. En voici un exemple: si l'on chante l'air ut mi tierce majeure sur les syllabes la utd, l'on obtient de cette manière l’ut dièse ; de même, si l'on chante l'air la ut tierce mineure sur les syllabes ut mib, l'on attaque sans peine le mi bémol. En un mot, puisque nous connaissons bien quels intervalles dans la gamme sont majeurs, et quels autres sont mineurs, puisque nous savons les chanter ainsi

que les transposer à différens tons; puisque nous savons que l'effet du dièse ou du bémol est de changer ces intervalles l'un dans l'autre; quand nous voudrons chanter un intervalle par dièses ou par bémols, la question sera toute réduite à mettre des syllabes données sur un air ou intervalle connu.

C'est sur ces principes que j'exerce mon élève aux changemens de ton et de mode, mais par accords seulement, afin qu'il apprenne

d'abord à bien connaître les trois notes principales de chaque ton, qui sont la tonique, la médiante et la dominante, auxquelles je joins quelquefois la sensible. Bientôt il arrive au point de reconnaître et de nommer sur le champ les accords que je fais succéder sous ses yeux, sous toutes sortes de renversemens. Il remarque quelles notes sont communes dans ces successions, et comment le changement d'une seule note change tout-à-fait l'accord, et appelle de nouveaux dièses ou bémols que ne comportait pas le ton de l'accord précédent.

De la génération des tons.

J'arrive aux changemens complets du ton. Ici les dièses ou les bémols ne seront plus accidentels, ils seront permanens, et tels que chaque ton les comporte. Je commence par le ton de sol qui contient le seul fa dièse, et par le ton de fa qui contient le seul si bémol. Je fais remarquer à l'élève le singulier effet de ce fa dièse, qui change et déplace toutes les propriétés des notes, parce qu'il fait acquérir au sol la propriété d’ut ou de tonique, ensorte que la gamme naturelle ut mi fa sol la si est entièrement représentée par celle-ci : sol la si ut

mi fa dièse. Je lui fais remarquer de même l'effet contraire du "si bémol, qui est de donner à l’ut la propriété de sol , ou de dominante, en sorte que la tonique ou la propriété d’ut se transporte sur le fa , et que la gamme naturelle sol la si ut mi fa est maintenant représentée par celle-ci : ut mi fa sol la si bémol. Ces remarques ne peuvent manquer de lui faire plaisir, et l'on se rappelle la surprise qu'il manifesta la première fois qu'il sentit ces métamorphoses. Dans tous les exercices qu'il fait sur ces deux tons, il est obligé de me dire sous quelle propriété sonnent les notes qu'il exprime, c'està-dire, s'il est sur la dominante ou la médiante ou la sensible., etc., parce qu'à chaque pas je l'interromps pour l'interroger là-dessus. Il apprend par-là de la manière la plus positive ce que

c'est qu'être dans tel ou tel ton : être dans le tón de sol, vous dira-t-il, 'c'est donner au sol la propriété d’ut ou de tonique, et c'est la subs titution du fa dièse au fa, qui donne inévitablement au sol cette propriété : de même être dans le ton de fa, c'est donner au fa la propriété d'ut, et c'est la force du si bémol qui la lui donne, employé à la place du -si. Il saura dire de même ce que c'est qu'être dans tout autre ton, et je n'ai plus qu'à lui faire voir par

quels dièses ou quels bémols ces autres tons sont constitués : c'est ce que je ferai après un exercice suffisant sur ces deux tons fondamentaux.

On voit donc que, par une pratique de peu de jours, mon élève parvient à chanter dans le ton de sol et dans celui de fa (1) qui sont les

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(1) Cette expression, chanter en tel ton, peut s'entendre en deux manières : ou comme désignant l'alphabet sur lequel on chante, c'est-à-dire, l'ordre des notes qu'on dénomme avec les dièses ou les bémol's qu'elles comportent dans ce ton ; ou bien comme indiquant le ton absolu du piano que prend la voix du chanteur; et, à cet égard, la .dénomination des notes ne fait rien à l'effet qu'on attend, puisqu'avec les seules notes du ton d’ut on peut évidemment chanter à tel ton que ce soit, en prenant l'ut ou la tonique au degré convenable. Il est clair , par cette raison, que la première façon de l'entendre, ou le changement d'alphabet d'un ton à un autre, lorsqu'on pourrait tout rapporter à un alphabet unique, est une connaissance de luxe que l'élève pourrait acquérir tout seul hors de l'école , et qu'on devrait se borner ici à le mettre sur la voie de le faire sans peine : remarque générale pour toute sorte d'instruction, et à laquelle ne manquent pas d'avoir égard les professeurs de sciences qui en sentent bien la nécessité.

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