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Don Juan à Constantinople, à Frédéric de Reiffenberg un Siège de Corinthe qui n'est qu'une adaptation dramatique du poème anglais, à Soumet un Siège de Corinthe encore, que Rossini met en musique, à Boucher de Perthes une série de contes où, sous des noms différents, nous retrouvons les personnages et les scènes du Giaour 3. Rességuier, dans son Odalisque, esquisse un drame analogue à celui qui met aux prises Hassan et son ténébreux rival :

Le signal attendu se montre sur les tours ;
Un esclave séduit guide par cent détours
Le jeune amant aimé vers l'endroit où repose
La beauté d'Orient sur sa couche de rose.

Ils s'enivrent d'amour et se parlent tout bas,
Et laissent passer l'heure, et n'aperçoivent pas,
Sous les plis du rideau qui lentement se lève,
La tête du sultan, son regard et son glaive.

1

Le Sac, de Théodore Carlier, reprend le même sujet, mais en lui donnant un autre dénouement. Le Giaour a plongé dans l'abîme à la suite du sac fatal qui contient sa maîtresse ; il l'emporte dans sa maison et en coupe les nœuds.

naîtra lord Byron dans les scènes qui suivent ; on y retrouvera une aventure du héros de son célèbre poème, et, comme diraient les Espagnols, las Mocedades de don Juan. » Lebrun pensait tirer des aventures de don Juan au sérail de Constantinople un livret d'opéra pour le compositeur Wilhem. Mais Wilhem mourut prématurément, et le poème resta inachevé.

1. Poésies diverses, Paris, 1825, troisième Harpe le Siège de Corinthe, scènes lyriques. Alp, le renégat, s'appelle ici Osman ; il est pourvu d'un confident nommé Conrad Ces scènes paraissent destinées à être mises en musique.

2. Le Siège de Corinthe, tragédie lyrique en trois actes, paroles de Soumet et Balochi, musique de Rossini, représentée pour la première fois à l'Académie royale de musique le 9 octobre 1825, Paris, in-8°, 1826. Cette fois Alp est devenu Almanzor, et Francesca, Palmira L'ouvrage, dit l'Almanach des spectacles, « a obtenu un succès d'enthousiasme ».

3. Romances, ballades et légendes, Paris, 1830. Voir les pièces intitulées : Nathaïs, — Osmin, — l'Esquif, — la Vengeance, — le Monastère. 4 Tableaux poétiques, Paris, 1828, pp. 111-115.

Mais l'aube qui paraît ne lui montre qu'un homme
Dans ce qu'il pressait sur son cœur 1.

Ainsi l'imagination se joue sur le thème initial et en tire des effets inattendus.

A défaut de la Grèce, il y a par le monde d'autres grandeurs déchues, d'autres nations crucifiées : l'Italie attire à elle les sympathies sans objet. Pour plaindre Venise, comme pour pleurer Athènes, on va demander des inspirations à Byron. Casimir Delavigne, voyageant en Italie, est obsédé par la mémoire du poète anglais. Dans ses Adieux à Rome, il mêle son nom aux souvenirs de la Ville éternelle 2. A Venise, il fait arrêter sa gondole au Lido pour y chercher les traces « de l'étranger qui parcourait ces rives ». Il médite après lui les grandes leçons de l'histoire :

O ciel! la voilà donc, cette beauté si fière
Qu'adoraient en tremblant les peuples asservis,
Le jour qu'un empereur dans ses sacrés parvis,
Sous les pieds d'un pontife, a baisé la poussière !
Des siècles pour grandir, pour mourir des instants :
Tels furent ses destins; sa longue décadence
D'une lutte sans fin n'a point lassé le temps:
Un peuple a tout perdu s'il perd l'indépendance 3.

Bignan, en 1825, obtient la lyre d'argent à l'Académie de Cambrai avec une ode sur Venise où les réminiscences de Childe Harold soutiennent le vol incertain de cet aigle des Parnasses provinciaux :

Venise, ainsi périt cette puissance antique,

Et son beau nom de république

N'a plus d'écho pour retentir.

Un orage en passant brise ton front superbe ;

Ton front disparaît comme l'herbe

Sous le flot qui vient l'engloutir.

1. Voyages poétiques. Paris, 1830, pp 91-94

2. Messéniennes, livre III, Œuvres. 1846, t. V, p 178.

3. Ibid., Promenade au Lido, pp. 184-185.

Des trésors de tes chants la gondole est avare;
Les sons harmonieux du cygne de Ferrare
N'animent plus les airs;

On n'entend plus ces chœurs dont la voix réunie
De leurs vers alternés prolongeait l'harmonie,
En courant sur les mers.

Le Bucentaure oisif, sur la rive indignée,
Ne va plus tous les ans unir la destinée
De ce couple autrefois la terreur du Romain ;
Et de l'anneau ducal plaignant encor la perte,
L'Adriatique, au fond de sa couche déserte,
Pleure sur son hymen 1.

Dans le Clocher de Saint-Marc, Jules Lefèvre, pour chanter la splendeur passée et la misère présente de la « Cybèle des mers », fond dans sa poésie il ne s'en cache pas, il s'en vante, des fragments de Childe Harold, de Beppo et de l'Ode à Venise. Voici du Childe Harold :

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Qui ne t'admirait pas, quand l'encens de la terre,
Reine de l'Océan, était ton tributaire,

Quand les flots, de Lépante accourus triomphants,
Battaient ces ponts guerriers que souillent tes enfants,
Ou quand le Bucentaure, autel patriotique,
Formait l'hymen du Doge et de l'Adriatique 2?

Et voici de l'Ode à Venise :

Où respirent les fils ont vécu les aïeux;
Mais, héritiers stagnants de leurs noms glorieux,
Ils en sont aussi loin que l'écume grossière

Est loin du flot superbe allant contre un écueil
Du joug de nos vaisseaux délivrer son orgueil 3.

C'est avec les propres paroles de Byron qu'Édouard d'Anglemont exhorte les Vénitiens à la révolte :

1. Poésies, Paris, 1828: Venise, pp. 287 et suiv. Comp. Ch. Harold, IV, 8, 11, 13.

2. Pp. 7-8. Comp. Childe Harold, IV, 11, 14.

3. P. 11.

Vil peuple, tes larmes sont vaines,
Tu n'attendris pas tes tyrans;
Le sang s'arrête dans tes veines :
Qu'il coule plutôt par torrents.
Entends la Liberté te crie:
Combats, délivre ta patrie,
Ranime ses jours glorieux,
Ou sous les flancs de tes murailles

Trouve d'illustres funérailles :

Il n'est point d'esclaves aux cieux '.

Toutes les œuvres du poète anglais sont exploitées les unes après les autres, et dans la cohue des imitateurs, les plus glorieux coudoient les plus obscurs. Sans entrer ici dans le détail de tout ce que Vigny doit à Byron, on peut reconnaître facilement dans Héléna des lambeaux du Corsaire et de Childe Harold, et dans les descriptions du Déluge des passages entiers d'Heaven and Earth; Moïse pense et parle comme Manfred, et le Trappiste a les traits de Conrad. On dirait que le Masque de fer a passé par le cachot du Prisonnier de Chillon. Le Condamné de Bignan y a séjourné certainement, car il fait entendre des mêmes plaintes :

J'embrasse du regard un horizon immense.

Combien ces flots sont purs, combien ces vents sont frais !
L'aigle avec majesté dans les cieux se balance.
L'univers m'appartient. Mais tout change. O regrets!
Plus mon songe était doux, plus sa fuite est terrible;
Mon rapide bonheur s'envole dans les airs.
Quand on se rêvait libre, hélas! qu'il est horrible
De s'éveiller au bruit des fers 2.

Si le même Bignan décrit à grands traits le Colisée, c'est pour y faire développer, dans un discours sans fin, par un << enfant des Daces » aussi disert que le paysan du Danube, les pensées que l'auteur de Childe Harold prête à son gladia

2. Poésies, p. 69.

1. Odes, Paris, 1825, p. 118: Venise. Comparez Byron, Ode on Venice,

fin.

teur mourant 1. Deux strophes du poème de Byron faisaient allusion à l'histoire de la douce Julia Alpinula, héroïne de l'amour filial; Mme Tastu s'empresse de la raconter en cent cinquante vers 2. Saint-Valry, dans son Apostat, transforme en un vieillard repentant et timide le farouche Giaour:

Lorsque le jour douteux lutte avec la nuit sombre,

Si vous voyez jamais près de vous, comme une ombre,
Se glisser en silence un homme à cheveux blancs

Qui jette autour de lui de longs regards tremblants,
Chrétiens, c'est l'apostat: ah ! plaignez sa misère;
Et ne l'oubliez pas le soir à la prière 3.

Marvaud reprend les Lamentations du Tasse, que Mennechet avait mises en vers français dès 1821 5. Le cheval de Mazeppa emporte Rességuier, tandis que Hugo lie sur son dos le génie frémissant et le lance à travers le steppe 6. Les élégiaques font leur moisson dans les Heures de loisir et les Poésies diverses. Fontaney s'élance à la suite du jeune Highlander sur les cimes du Morven, ou paraphrase sous le titre de Mes Rêves les stances dédiées To M. S. G. :

Ne vous offensez pas que votre indifférence

Dans mes songes, pour moi, se transforme en amour.

1. Poésies, le Colisée, pp. 177 et suiv.

2. Poésies, 2o éd., 1827, pp. 191-197. Une autre pièce du même recueil, intitulée Rêverie. paraphrase quelques vers du poète anglais.

3. Tablettes romantiques, Paris, 1823, p. 187.

4. Les Lamentations du Tasse dans les prisons de Ferrare, poème élégiaque imité du poème anglais de lord Byron, à la suite de Huit Messéniennes, Paris, 1825, pp. 73-83.

5. Les Lamentations du Tasse, stances imitées de lord Byron, lecture faite à la Société des Bonnes-Lettres. (Annales de la litt. et des arts, III, 1821, pp. 103-107.)

6. Tableaux poétiques, 3e édition, Paris, 1829. « Cette troisième édition s'est enrichie de pièces nouvelles dont la plus étendue est Mazeppa. Cet admirable coup d'essai, ce coup de maître d'un artiste de 23 ans, M. Boulanger, a inspiré deux poètes, et leurs inspirations ont pris la forme que leur inspirait la tournure de leur esprit, tout lyrique chez l'un, chez l'autre pittoresque et descriptif.» (Mercure du XIXe siècle, t. XXIV, 1828, p. 417.)

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