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JOURNAL ASIATIQUE.

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Histoire des guerres des croisades, sous le règne de

Bibars , Sultan d'Égypte, d'après les auteurs arabes, par M. REINAUD.

(Suite. )

§ XCV. Seconde croisade de saint Louis. Suite des succès

de Bibars.

An 668 (1270). Cependant une grande partie de l'Occident se disposait à prendre de nouveau les armes en faveur des colonies chrétiennes d'Orient. Le roi de France était l'ame de cette entreprise. Voici, d'après les auteurs arabes , quelle était la situation politique des puissances musulmanes et chrétiennes.

Bibars ayant pour ennemis naturels les chrétiens de la Palestine et les Tartares, dirigeait tous ses efforts de ce côté. Il suscitait des ennemis aux Tartares , et cherchait à isoler les chrétiens, afin de les réduire å leur propre force. A cette époque, l'empire des Tartares était divisé, et ces hordes sauvages, à force de se répandre sur presque toute la surface de l'Asie, avaient contracté des intérêts différens. Les Tartares du Captchak, au nord de la mer Noire et de la mer Caspienne, obéissaient à un autre maitre que ceux de la Perse, de l'Asie-Mincure et de la Mésopotamie. Tome XI.

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Les uns et les autres n'avaient presque plus de relations avec ceux de la Tartarie proprement dite, et de la Chine. Comme Berkeh, khan du Captchak, aspirait depuis long-tems à quitter les régions stériles du nord de l'Asie pour occuper les fertiles contrées du midi, Bibars se mit en rapport avec lui, et ils se promirent de faire cause commune contre les Tartares de la Perse:

Tranquille de ce côté, le sultan s'efforça de se faire des appuis dans l'Occident. On a vu, par ce qui précède, quel soin il mettait à se ménager les princes chrétiens d'Europe, et combien les esprits paraissaient plus disposés que jamais à une union réciproque. Il y aurait réussi sans le zèle religieux de saint Louis et du pape, qui ne voyaient de bonheur que dans la délivrance des saints lieux, et surtout sans une circonstance qui étonna alors l'Europe, et qui eut la plus grande influence sur ses conseils. C'est l'ardeur que mirent tout-à-coup les Tartares de la Perse à relever les colonies chrétiennes d'Orient. Menacé au nord et au midi, ce peuple ne vit plus de salut

que

dans le secours de l'Europe, et l'on doit dire qu'il ne tint pas à lui d'arracher pour toujours la Palestine au joug de l'islamisme.

C'était Abaga qui commandait alors aux Tartares de cette partie de l'Asie. Ibn-férat rapporte que ce prince envoya des députés à divers princes d'Europe, et que le roi d'Aragon fit alliance avec lui. Les deux monarques se donnèrent rendez-vous en Arménie. Une flotte formidable partit des ports de Catalogne ;

mais en route elle fut assaillie

par une horrible tempête qui en détruisit la plus grande partie. Le reste , avec quelques navires venus des autres régions de l'Occident, aborda dans Acre. Ce secours releva le courage des Francs. Ils reprirent aussitôt les armes , mais s'étant avancés imprudemment ils furent surpris par les troupes musulmanes, et mis en fuite. Ainsi cette expédition n'eut aucune suite.

Cependant il n'était bruit en Orient que des préparatifs du roi de France. Bibars était alors en Syrie avec son armée. Le cadi Modjir-eddin rapporte que, dans un pélerinage qu'il fit à Jérusalem, il fut effrayé de trouver, à une demi-lieue de la ville sainte, un monastère chrétien, renfermant plus de trois cents moines. Il craignit qu'en cas d'invasion, les Francs ne s'établissent dans ce couvent, et ne s'en fissent un lieu de retraite. En conséquence, 'il ordonna de le détruire. Les moines firent ce qu'ils purent pour le rassurer ; ils lui offrirent de grands présens, mais il demeura inexorable.

De là, le sultan se rendit en Égypte pour mettre le pays en état de défense. Il ignorait encore de quel côté se porterait l'orage ; mais il était impatient de mettre ses états en sûreté. Par ses ordres, plusieurs députés partirent avec des présens pour se rendre auprès de divers princes de l'Occident.

An 669 (1270). Enfin l'on apprit que le roi de France avait fait voile pour Tunis. L'historien Djémal-eddin attribue cette résolution du roi, à la crainte d'aborder en Égypte, de peur d'y éprouver le même

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sort que la première fois. Il ajoute que le roi espérait qu'une fois maitre de Tunis, il pourrait envahir l'Ésypte par mer et par terre.

Un grand nombre de princes , de seigneurs et de barons, accompagnèrent le roi dans cette expédition ; on peut citer entr'autres son fils ainé Philippe, qui lui succéda ; son frère Alphonse , comte de Toulouse et de Poitiers ; Thibaut, roi de Navarre; Gui, comte de Flandre; Henri, comte de Luxembourg.

De plus, il avait la promesse d'être secondé par son frère Charles, roi de Naples et de Sicile, et par Edouard , fils du roi d'Angleterre. Charles fut celui qui contribua le plus à faire tourner les efforts de ses armes contre le roi de Tunis. Depuis long-tems les rois de Tunis étaient dans l'usage de payer un tribut annuel à la Sicile, et comme depuis cinq ans le roi actuel s'en était affranchi, Charles était impatient de rendre au trône qu'il occupait son ancien éclat. Il n'arriva que vers la fin de l'expédition. Pour le prince Edouard, il ne put venir à tems. Voici comment Makrizi a rendu

compte croisade: : « Le roi de France, dit-il, avant de se mettre en mer, avait fait part de son dessein à tous les rois de la chrétienté, particulièrement au pape, qui est comme le vicaire-général du Messie. Le

pape s'empressa d'inviter tous les princes chrétiens à prendre les armes. Il permit même au roi de France d'appliquer aux frais de cette guerre tous les biens des églises qui seraient à sa bienséance. Les rois d'Angleterre, d'Écosse et d’Aragon, consentirent aussi à le

de cette

seconder, Tunis était alors désolée par la famine et la misère. Le prince de Tunis (il s'appelait Mohammed Mostanser-billah) ayant appris que cet armement se dirigeait contre lui, envoya un député au roi de France , pour lui demander la paix. Il joignit même à sa demande une somme de quatre-vingt mille pièces d'or. Le roi prit l'argent (1), mais il persista dans ses projets hostiles. Il débarqua sur les côtes d'Afrique, avec six mille cavaliers et trente mille fantassins, et aussitôt le siége commença.

» A cette nouvelle, le sultan Bibars se hâta d’écrire au roi de Tunis, pour l'exhorter à avoir bon courage, et promit de le soutenir de tous ses efforts. Hi engagea les Arabes nomades de Barka et des déserts d'Afrique, à marcher au secours des assiégés. Par ses ordres, on creusa des puits sur toute la route, troupes se disposèrent à se mettre en marche.

» Tunis était dans le plus grand danger. Au milieu de moharram (août 1270) il se livra un combat terrible entre les deux armées, où il périt beaucoup de monde de part et d'autre. Déjà les Musulmans étaient sur le point de succomber, lorsque Dieu permit que le roi de France mourût. Alors, on fit la paix et l'armée chrétienne remit à la voile. Une chose fort singulière, poursuit Makrizi, ce sont les deux vers suivans , par lesquels un citoyen de Tunis, faisant allusion å

et ses

(1) 11 est probable, si le fait est vrai, que cette somme aura été distribuée parmi les courtisans de saint Louis, et que le prince , qui ng savait rien de ces intrigues , fit comme si de rien étail.

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