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trouvoit le plus souvent que des vases de terre et des instruments ou armes de métal, en eut retiré tout ce qui pouvoit la satisfaire. Quelques-unes, découvertes dans un temps plus voisin du nôtre, où les peintures dont les parois de ces chambres sépulcrales sont ordinairement couvertes, étoient aussi regardées comme des objets précieux par les lumières qu'elles servent à répandre sur la connoissance encore si peu avancée des arts, des croyances et des institutions étrusques; quelques-unes, dis-je, de ces grottes, restées ouvertes aux observations des curieux, ont perdu par cela même , à cause des dégradations que le temps, l'influence de l'air extérieur, et sur-tout la main des hommes, y ont occasionnées, la plus grande partie de ces peintures devenues absclument méconnoissablesTelle est, entre autres, la grotte dite du cardinal Garampi, parce qu'elle fut ouverte aux frais de ce prélat, laquelle se compose de plusieurs chambres soutenues par des piliers taillés dans le tuf, et ornées sur tout leur pourtour d'une frise de figures peintes, représentant les scènes principales du passage et du séjour des ames dans l'autre vie. Ces peintures sont aujourd'hui à-peu-près détruites et n'existent plus guère que dans les planches de M. d'Agincourt (1), reproduites par M. Micali (2), lesquelles du reste n'offrent qu'une idée bien imparfaite de ces compositions étrusques, sous le rapport de la couleur et du dessin. La même observation s'applique plus rigoureusement encore aux représentations des diverses peintures tirées de ces mêmes hypogées étrusques, et publiées par Passeri , Dempster, Gori, Caylus , Micali, et d'autres encore , dans un temps où l'on n'aitachoit pas à l'exacte et fidèle représentation des monumens antiques la même importance qu'aujourd'hui, et où manquoient la plapart du temps les moyens de se la procurer. Il est donc malheureusement trop vrai de dire que, jusqu'à ce jour, nous ne possédions sur ces peintures étrusques , particulièrement en ce qui concerne le caractère et le style du dessin, que des notions ou fausses ou insuffisantes, et conséquemment que nous manquions du principal élément nécessaire pour résoudre la question, si long-temps et si vivement controversée, de l'origine des arts étrusques, et de leur relation plus ou moins intime, plus ou moins antique, avec ceux de l’Orient ou de la Grèce.

Les autres élémens de ce problème, c'est à savoir les urnes ornées de bas-reliefs, les vases peints, les pierres gravées, et les patères ou

(1) Hist. de l'art démontrée p. r les monumens, Archit. pl. x, XI.—(2) L'Italia avand il dominio dei Romani, tav. LI, LII.

miroirs mystiques, sont communément privés eux-mêmes de caractères certains à l'aide desquels on puisse assigner l'époque de leur exécution , et l'école, soit nationale, soit étrangère, à laquelle ces monumens appartiennent. Ce qui paroît à-peu-près démontré, pour ce qui regarde les urnes, qui forment la classe la plus nombreuse et la plus intéressante des monuinens étrusques, c'est qu'elles offrent constamment des sujets grecs en rapport avec ceux des vases grecs et des sarcophages romains, et que le travail de ces bas reliefs indique, dans le plus grand nombre, une époque roinaine et même assez basse. C'étoit l'opinion de Lanzi; c'est aussi celle de M. Inghirami , Pún des hommes de nos jours les plus versés dans la connoissance des arts et des antiquités étrusques; et, si j'ose dire à mon tour ce que j'en pense, j'avoue qu'un examen assez attentif de ces monumens m'a convaincu de la solidité de cette opinion. J'ai recueilli dans le musée public de Volterre, provenant du legs du prélat Guarnacci , et dans une collection particulière de la même ville , celle de MM. Cinci', environ trente sujets ou compositions différentes, quelques-unes reproduites douze ou quirze fois avec des variations plus ou moins importantes, mais toutes, sans exception, puisées dans l'histoire et la mytho-, logie grecques, et la plupart relatives aux siéges de Troie et de Thèbes, aux aventures de Philoctète, d'Ulysse et des principaux héros célébrés dans les poésies homériques. M. Inghirami a publié, d'après ces monumens seuls, presque toute l'histoire complète des malheurs de la famille royale de Thèbes, depuis les temps de Cadmus jusqu'à ceux dés Épigones. Je compte publier moi-même toutes les autres compositions inédites qui ont rapport à l'histoire de Pélops, au siège de Troie et aux voyages d'Ulysse : et il deviendra manifeste que, dans le choix, aussi bien que dans l'exécution de pareils sujets, les Etrusques n'ont pu être guidés que par des traditions et des doctrines purement grecques. La même observation s'appliquera , je crois, avec la même certitude, aux compositions gravées sur les miroirs, à celles qu'offrent certains vases peints, lesquelles s'expliquent toutes par la mythologie grecque ; et l'on peut même affirmer dès à présent, relativement aux vases peints , qu'ils sortent tous' d'une fabrique dont l'analogie avec celles de la Sicile et de la grande Grèce est frappante et indubitable.

Mais revenons aux peintures des hypogées étrusques, qui offriroienti, si elles étoient bien conservées, les indices les plus sûrs touchant le caractère des arts de l'antique Etrurie; attendu que ces peintures, ne pouvant avoir été exécutées que sur les lieux mêmes et très-probable

ment par des artistes du pays, réunissent ainsi tous les élémens d'une école nationale. Malheureusement, ainsi que je l'ai déjà observé, elles sont toutes dans un état de dégradation qui ne permet guère d'en porter un jugement certain, et encore moins d'y saisir çes variétés de style, de goût et de manière, qui serviroient à caractériser les diverses périodes de cette école. On ne doit pas cependant désespérer d'arriver bientôt à ce double résultat, au moyen des fouilles qui se poursuivent dans l'ancienne nécropolis de Tarquinium; et déjà trois grottes sépulcrales, ouvertes au mois de mai de l'an dernier, ont fourni des lumières qu'il est de l'intérêt de la science de recueillir dans le moindre délai possible, tandis que les peintures dont ces grottes sont décorées n'ont encore presque rien perdu de leur intégrité ei de leur fraîcheur, et que les opinions auxquelles elles doivert servir de base ou d'appui peuvent encore être vérifiées sur les lieux mêmes et en présence des originaux. C'est ce qui m'engage à soumettre à nos lecteurs quelques observations nées à la vue de ces peintures, sans autre prétention que d'en faire connoître l'état actuel et le sujet, autant qu'il est possible de le deviner, et à proposer , avec une égale défiance, quelques conjectures sur l'âge de ces peintures et sur la signification des mots étrusques qui accompagnent chacune des figures représentées dans l'un de ces trois hypogées,

Ces grottes offrent généralement un plan quadrangulaire, avec une voûte pyramidale, ainsi qu'on l'a observé aux tombeaux de Pestum et à d'autres sépultures grecques, entre autres à celle d'Armento dans la moderne Basilicate. Elles sont toutes cieusées dans un tuf calcaire très-grossier, à huit ou dix pieds de profondeur , et recouvertes à l'extérieur d'un amas de terrain rapporté, sable et gravier, en forme de tumulus arrondi; en quoi ces tombeaux étrusques diffèrent des sépultures grecques, pareillement taillées dans le roc, mais à la surface du sol, et qui ne paroissent pas avoir été recouvertes de terre, ou du moins à l'égard desquelles il ne subsiste aucun vestige de cette superstruction. L'intérieur en est décoré, sur les parois et sur la voûte, de peintures plus ou moins soignées qui paroissent exécutées en détrempe,

couleurs simples, à teintes plates, sans aucune dégradation ni mélange, sur une espèce d'enduit dont la finesse et l'épaisseur varient en raison du soin avec lequel ces peintures sont exécutées, par des procédés qui paroissent du reste tout-à-fait analogues à ceux qui ont produit ce que l'on appelle les peintures égyptiennes, lesquelles ne sont point proprement des peintures , mais des dessins au trait enluminés. Les couleurs employées dans ces peintures, et qui sont encore toutes

la pro

vives dans l'un des trois hypogées dont je m'occupe, sont le blanc, le noir, le jaune, le rouge, le bleu, et même le vert; nomenclature qui ne seroit point sans importance, si l'on pouvoit établir avec quelque certitude l'antiquité de ces peintures , par rapport aux temps où l'on présume , d'après le téinoignage de Pline, que les artistes grecs n'em-ployoient encore dans leurs tableaux que les quatre couleurs blanche, noire , rouge et jaune. Mais cette opinion même de Pline est tellement contraire à la vraisemblance et contredite par les faits, qu'il seroit superflu de recourir au témoignage de ces peintures étrusques, supposé que la haute antiquité en fût bien constatée ; ce qui est précisément la question.

Deux des grottes dont je vais donner la description , semblent proprement étrusques, d'après la nature des sujets qui se voient représentés dans la première, et d'après les inscriptions en caractères étrusques qui se lisent dans la seconde; l'exécution des peintures qui les décorent en est aussi beaucoup moins soignée, bien que portion des figures en soit plus forte. La troisième, où les sujets, les costumes, les accessoires, paroissent purement grecs, offre un goût de dessin tout-à-fait semblable à celui des vases grecs d'ancien style qui appartiennent aux fabriques siciliennes ; et c'est aussi celle dans laquelle est déployé un plus grand luxe de couleurs. L'enduit sur lequel ces couleurs sont appliquées, égale, pour la finesse et l'éclat, les plus beaux stucs de Pompéi; et ces couleurs sont encore, en beaucoup d'endroits , aussi fraiches et aussi vives que dans les peintures de Pompéi, au moment où elles sont rendues à la lumière.

PREMIÈRE GROTTE. Des deux côtés de la porte rectangulaire par laquelle on y pénètre, sont figurés un tigre et un dauphin , et des arbres , aux branches desquels sont suspendues des bandelettes, arbres d'espèces différentes, à ce qu'il paroît, mais d'un dessin grossier, et sans imitation de forme précise. Au-dessus de la porte, est une espèce de base ou d'autel carré, terminé par deux volutes ioniques, comme on le trouve figuré sur tant de vases grecs pour indiquer un tombeau et les libations offertes aux manes. Le prolongement de cet autel sur la voûte en forme l'arête, et se termine, sur la paroi de la grotte opposée à l'entrée, par un autel de forme semblable, orné des mêmes volutes joniques, des deux côtés duquel, dans l'espèce de fronton ou espace triangulaire qui fait face à la porte, sont représentés un cheval marin et deux dauphins., La présence de ces animaux marins à sans doute ici la même signification que sur les sarcophages ornés de tritons et de

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néréides (1), et fait allusion à cette croyance populaire des anciens, qui plaçoit au-delà de l'océan le séjour des ames bienheureuses. Le fameux tombeau trouvé à Armento en Basilicate étoit pareillement orné, dans l'intérieur, d'une frise en terre cuite dorée, et représen• tant des nymphes océanides portées sur des dauphins et autres animaux marins, sans doute avec la même intention (2); et l'un des tombeaux de Pompéi offre une décoration à-peu-près semblable , exécutée en peinture (3). Le tigre, animal consacré à Bacchus et associé au dauphin, seroit encore ici , d'après tant d'exemples analogues fournis par les monumens grecs et romains, le syinbole de l'initiation qui introduit au bonheur de l'autre vie.

Chacun des côiés de la grotte offre une composition que je vais décrire, en commençant par celle qui se présente à gauche en entrant. La première figure est celle d'un génie mâle, debout, le corps peint en rouge, avec un manteau noir, conduisant d'une main, par la bride , un cheval noir, et l'autre main étendue en avant, les doigts fermés à l'exception de l'index. En face de ce génie est un personnage semnblable, le corps également peint en rouge, vêtu de même, et conduisant pareillement par la bride un cheval; mais ce cheval est peint en rouge et non en noir, comme le précédent. Cette opposition de couleurs , qui se reproduit souvent sur les mêmes peintures de Corneto, pour indiquer ce qu'on est convenu d'appeler les bons et les mauvais génies (4), avoit sans doute la même signification que sur les plus anciens monumens des Grecs, où le génie de la mort et celui du sommeil étoient représentés , l'un par un enfant noir, l'autre par un enfant blanc, ainsi que nous l'apprend Pausanias dans la description du coffre de Cypsélus (s). Fondés sur ces autorités, nous devons donc reconnoître, dans ces deux personnages rouge et noir, les génies de la vie et de la mort, que la présence du cheval, symbole significatif employé sur tant de monumens étrusques pour indiquer le dernier départ, achève de caractériser de la manière la plus indubitable, C'est ce que prouve encore la présence d'un troisième personnage, repré.

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(1) Voy, entre autres exemples, Vill. Pincian. stanz. VII, n.o 17, et Mon. Matiei

. 111, 11, 12, so. — (2) Relativement à cette croyance populaire chez les Etrusques, voyez les monumens recueillis dans l'Etrur. regal. de Dempster, tom. I, p. 102; tom. II, p. 405, 498, avec le chapitre de Buonarotti, ibid. P: 35 Un génie sur un monstre marin forme le sujet d'une urne étrusque, dans le musée de Vérone. Voy. le Mus. lapidar. di Veron., n. XII, P. 51-52, de Ventura, Verona, in-4., 1827. - (3) C. Bonucci, Pompei descritia, p. 62, Napoli, 1827. - (4) Micali, pl. Lur, avec l'explication. — (5) Pausan. V, 17,

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