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voix Se distingue entre les instrumens comme en étant un dont tout le monde sait jouer; par cette raison, il doit être antérieur aux autres dans une étude un peu bien ordonnée; et, comme chacun le porte avec soi, c’est. celui qui est susceptible de la plus grande per— fection , parce qu’on y peut faire le plus d’exer— cice. De combien de sentimens de l’ame n’est—il pas l’interprète, et dans quelles classes de la société , dans quelles situations de la vie n’est—il pas mis en jeu? C’est donc celui qui doit com— mander à tous. Il est le moyen immédiat que la nature nous donne pour exprimer nos idées et pour en rappeler le souvenir; il en est le premier signe, et c’est toujours à lui qu’elles se rapportent, par lui qu’elles se réveillent. Savoir un air, par exemple , c’est le savoir chanter, sans parler du bien ni du mieux. Le compositeur qui écrit ses pensées plume courante ne va pas'en chercher les signes à tous les instrumens pour lesquels il écrit; c’est sa voix seule qui le dirige , comme il nous arrive à

nous—mêmes quand#0us écrivons une lettre (1).

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. u; (1) Nous lisons et nous écrivons des yeux; mais il est prouvé qu’alors la parole sert d’intermédiaire tacite, et que nous prouonçons tout bas les mots que nous Ainsi, puisqu’il en faut revenir à la musique _ Vocale, dès qu’il s’agit d’écrire la musique,

mieux valait commencer par elle. Il fallait donc,

premièrement, mettre les signes écrits en rap

port avec les sons de la voix, non avec les trous,

» les touches , les cordes des instrumens. La

science du musicien est donc dans la musique

vocale avant toute autre; c’est-à-dire, qu’elle

est dans la musique, ce qui est assez évident.

Si l’on trouve peu de personnes en état de lire oralement la musique , on en voit bien moins qui soient en état de l’écrire , c’est—à-dire , d’écrire un chant sous la dictée d’un instrument, sans être obligées de faire au leur la même interrogation phrase par phrase. Aussi peut-on dire que le talent de celles qui attei-' gnent à ce degré n’est pas tant le produit des méthodes d’enseignement, que celui de l’heureuse organisation et du travail de l’individu.

. Quand on réfléchit qu’il n’est presque personne qui ne chante des poésies légères, personne qui ne retienne aisément en mémoire des

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voyons. Même les personnes qui_ont peu d’habitude sont obligées de faire un petit mouvement des lèvres. (Voyez là-dessus MM. DE Dssrurr-Tmcr, Con

nn.nsc , etc.)

airs même difficiles , on s’étonne que la musique ne soit, pas plus généralement connue, dans la juste acception de ce mot; on se demande comment il se fait qu’on apprenne en trois ou quatre ans les mathématiques, en six ou huit ans le latin, les lettres, l’histoire, et que dans le même temps on ne sache pas suffisamment la musique; Mais quand on compare le grand nombre de ceux qui l’ont apprise au petit nombre de’ ceux qui parviennent à la savoir, alors on est effrayé de la disproportion , et l’on en veut connaître la cause; vainement on la chercherait dans la différence des esprits, il me serait aisé de démontrer qu’elle n’y est point : il la faut donc chercher dans les moyens d’instruction.

Or, en toute autre étude On a deux moyens de s’instruire , les maîtres et les livres; mais en musique , c’est différent : on est dénué du second moyen, et pour ainsi dire réduit au premier. Un Traité élémentaire de musique , une simple exposition analytique des principes de cet art, qui soit puisée dans l’observation de la pure pratique, est un ouvrage encore à naître; car je ne pense pas qu’on prenne pour des expo— sitions analytiques nos solfèges, nos méthodes vocales et instrumentalæ, qui ne présentent

...

rien à l’esprit que de la musique à lire. On ne les regarde , sans doute, que comme des collec— tions de phrases, de passages, d’exercices enfin pour délier les doigts ou le gosier; j’entends, par une exposition analytique, un livre tel qu’un homme de sens pût y apprendre la mu— sique tout seul s’il y était condamné, et que, _t0us nos musiciens venant à se perdre dans une nuit , leur art ne fût pas néanmoins perdu pour le genre humain. '

Cependant, pourrait-on dire, n’est- ce pas par ces méthodes qu’ont été formés nos grands musiciens? Non, répondrais—je, ce n’est point par elles, c’est malgré elles. Tout homiue lancé dans une fausse route, et qui ‘s’en aperçoit, se hâte d’abord d’en sgr—tir; mais l’on aurait tort de dire ensuite que c’est par elle, ’squ’il y est entré, qu’il arfive à son terme. De même l’homme de génie , entravé par les préjugés d’une fausse éducation, s’en débarrasse bientôt; il régénère ses idées sur un plan qu’il est seul capable de concevoir. C’est ainsi que se sont formés nos grands musiciens; c’est ainsi que se sont formés nos grands hommes de tout genre. Le mal est pour nous que ces génies élevés n’aient pas voulu prendre la peine de nous développer leur plan de réforme , soit qu’ils y attaçhassent trop ou trop peu de prix; nous saurions aujour— d’hui probablement des choses qui feront à l’avenir la matière de bien des découvcrtes.

ESPRIT DE LA MÉTHODE.

Il est singulier que l’on ait toujours commencé ce genre d’enseignement par parler aux yeux de l’élève, au lieu de parler plutôt à ses oreilles; il semble, en effet, qu’on devrait lui enseigner le langage oral de la musique avant de lui en enseigner le langage écrit. Par exemple, on ne s’avise pas d’apprendre à parler à un enfant par le moyen de la lecture, et de lui mettre un livre sous les yeux pour l’instruire à prononcer des paroles; c’est néanmoins ce que l’on fait ici : on fait chanter l’élève sur le livre , on le fait lire avant qu’il sache solfier en chantant ou qu’il sache parler. Dira-t—on qu’on lui apprend ainsi l’un et l’autre à la fois? Mais l’expérience dément cette assertion; car on voit trop peu d’élèVes qui, sortant des mains de maîtres , sachent Parler la musique , c’est-à-dire chanter par cœur des airs sur les syllabes de la gamme aussi aisément que sur les syllabes d’un couplet.

Prenons un autre exemple. Croit-on qu’on enseignerait la numération à un enfant en lui mettant des chiffres à lire sous les yeux, si

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