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plusieurs ayant lâché le pied, il fut contraint de se retirer dans le bois, pour brûler s'il lui étoit possible les magasins qu'il y avoit, on l'avoit assuré que cela étoit aisé, que l'ennemy dormoit avec sécurité en cet endroit. " Koller qui étoit second du dit Sieur de Beaubassin, venant de St. Pierre par terre, quelques jours auparavant, avait été dans une des barraques du dit camp et avoit emporté une chaudière sans être découvert, ce détachement, dis-je, étoit à un demi quart de lieue à l'habitation du dit Koller, il avoit envoyé des découvreurs en attendant la nuit, mais ils eurent le malheur dêtre découverts par une douzaine d'Anglois qui se trouvèrent aux environs, ce qui fit que l'ennemy détacha un party considérable qui fut pour les attaquer. Le sieur de Beaubassin fut encore obligé de se retirer après quelques coups tirés de part et d'autre : l'ennemy, depuis lors cherchoit partout ce détachement, et plusieurs de ceux-ci ayant été obligés de jeter leurs vivres pour se sauver, ils étoient sans vivres pour passer leur douze jours, et plusieurs qui étoient des havres voisins l'avoient abandonné et s'étoient retirés chez eux; il se trouvoit par conséquent sans vivres et trop faibles pour résister à l'ennemy. " Il fut donc obligé d'aller au petit Lorembec pour prendre des chaloupes afin de rentrer dans la ville; il se trouva en ce havre environ 40 Sauvages de la colonie qui avoient détruit, il y avoit deux ou trois jours, 18 à 20 Anglois qu'ils avoient trouvés qui pillaient ce havre. " Comme ils étaient à même d'embarquer dans les chaloupes, il leur tomba un détachement de 2 à 300 Anglois. Les Sauvages se joignèrent à ce détachement et ces deux corps faisaient environ 120 hommes qui tinrent pied ferme à l'ennemy. " Le feu commença de part et d'autre vers les deux heures et dura pendant plus de quatre, les Anglois avoient même été repoussés deux fois et ils auroient été défaits si dès le commencement de l'action, ceux-ci n'avoient pas envoyé avertir de leurs gens qui étoient à la batterie royale et à la tour et s'il ne leur étoit pas venu à l'entrée de la nuit un party considérable qui commença à vouloir l'entourer. " Notre détachement voyant qu'il n'y avoit pas moyen de résister et manquant de munitions, plusieurs ayant tiré jusqu'à leur dernier coup, il se retira dans les bois, l'ennemy, supérieur comme il étoit, les poursuivit une partie de la nuit, notre detachement fut contraint de se retirer à Miré et de passer la rivière. " Nous avons eu en cette occasion deux hommes de tués et environ 20 de blessés ou prisonniers. Monsieur de Beaubassin fut du nombre des blessés, il reçut une balle au gras de la jambre et après une heure et demie de combat, ne pouvant résister à sa blessure, il se retira. Le sieur Koller continua le combat jusqu'à la fin. " Le dit sieur de Beaubassin, s'étant rendu en ville quelques jours après sixième dans une pirogue, m'informa de ce qui s'étoit passé à l'occasion de son détachement, que le surplus étoit refugié à Miré où il l'avait laissé sous la conduite de Koller, qu'il lui manquoit des vivres et des munitions de guerre ainsy qu'aux Sauvages. " Sur ce rapport je fis partir une chaloupe avec 20 quarts de farine et autres vivres et des munitions, tant pour ce détachement, celui de monsieur Marin que j'attendois tous les jours, que pour les Sauvages. " On trouva Koller avec ses gens, monsieur Marin n'y étoit pas et les Sauvages s'étoient retirés à leur village. " Koller rentra en ville le 14 juin en chaloupe avec ceux de son détachement et les quelques autres qu'il trouva à Miré, il eût bien de la peine à passer la nuit parmy bâtiments de l'ennemy qui croisoient depuis Gabarrus jusqu'à

Escatary.

"Nous avons appris depuis la reddition de la place, par des personnes de probité, que l'ennemy avoit eu au moins 150 homme de tués, et 90 de blessés au choc du petit Lorembec.

“Les canons de la porte Dauphin et ceux du flanc droit du Bastion du Roy, ne joignant pas bien la batterie que l'ennemy avoit fait sur les hauteurs de Francoeur à la porte Dauphine, on perça trois embrâsures à la courtine de la grave pour battre à revers la batterie de l'ennemy de la hauteur de Francmur. Ces trois embrâsures où on avoit placé du canon de 36 furent ouvertes les 30 mai, et firent un effet merveilleux; le premier jour on leur démonta un de leurs canons, et leurs embrâsures furent toutes labourées, cela n'empêcha pas le feu continuel de l'ennemy, et quant à la batterie ce que nous défaisions le jour, ils le refaisoit la nuit.

" Le même jour, sur les trois heurs, nous eûmes connoissance d'un gros vaisseau qui donnoit chasse à un senau et ensuite qui se battoit avec le dit senau et une frégatte à environ 4 lieues du fort vers le sud-est, en même tems trois vaisseaux ennemis, qui étoient en passe vers le Cap Noir et la pointe Blanche, courrurent dessus; le gros vaisseau après s'être battu longtems prit la chasse sans doute quand il eut connoissance des trois qui courroient sur lui, et nous avons entendu tirer du canon jusque vers les 9 à 10 heures du soir, nous avons appris depuis que ce vaisseau étoit le Vigilant.

"J'ordonnai qu'on tirât de la poudrière du Bastion Dauphin les poudres qui y étoient et les fis transporter sous la poterne de la courtine qui est entre le Bastion du Roy et celui de la Reine.

"Comme l'ennemy avait coupé par les boulets de la batterie de Francour, les chaines du pont levi de la porte Dauphine, j'ordonnay aussy de couper le pont de la dite porte.

“Le canon de l'ennemy de la batterie de Franccur qui battoit le flanc droit du bastion du Roy, faisant beaucoup de progrès et entr'autres aux embrasures, je fis commencer à faire percer le mur de la face du bastion Dauphin de deux embrasures, pour y mettre deux canons, cet ouvrage malgré la mousqueterie que l'ennemy tiroit toujours, fut mis en état et notre canon a tiré et fut servi autant qu'on pouvoit désirer sur celui de l'ennemy.

"L'ennemy a aussi étably une batterie de cinq canons sur les hauteurs des Mortissans et a commencé à tirer le 2 juin des boulets de 36 et 42, en brèche sur le bastion Dauphin et sur l'éperon. La guérite a été jetée à bas, et une partie de l'angle saillant, le même jour. Cette batterie a déboulé l'épéron de la porte Dauphine en ses embrasures, lesquelles ont été racommodées plusieurs fois, autant bien qu'on pouvoit, à pierre sèche, avec des pierres de taille et des sacs de terre.

"Le même jour l'escadre ennemye s'augmenta par l'arrivée d'un vaisseaux d'environ 40 à 50 canons, et nous vismes aussy, parmy cette escadre, un vaisseau désemparé, qu'on nous a dit depuis être celui que nous avions vu se battre le 30 may.

" Le 5 l'ennemy a envoyé vers les deux heures du matin de la batterie royale, un brulot qui s'est échoué à la calle Frédéric où il a brûlé sur une göelette, il n'a pas fait d'autre mal, quoiqu'il fut chargé de matières combustibles et de bombes qui firent leur effet; toutes les batteries de l'ennemy ne cessèrent point de tirer, pendant ce temps nos gens étoient comme de coutume tout le long des remparts et du quay, à essuyer ce feu avec intrépidité.

“La nuit du 6 au 7 nous eumes une alarme générale de l'isle de l'entrée; l'ennemy, voulant enlever cette batterie, s'embarqua au nombre de 1000 sur 35 barques, 800 autres venant derrière devoient les soutenir. La nuit étoit très obscure et faisoit une petite brume.

“ Ces premiers furent mettre pied à terre, les uns à la

Pointe à Peletier, les autres vis-à-vis le corps des casernes, et le surplus au débarquement de la dite isle; l'ennemy en debarquant commença à crier hourrah par trois fois; ils attachèrent même environ 12 échelles aux embrasures afin de les escalader, mais Monsieur D'Aillebout, qui commandoit à cette batterie, les reçut à merveille; le canon et la mousqueterie de ceux de l'isle fut servi au mieux, toutes les barques, furent toutes brisées ou coulées à fond; le feu fut continuel depuis environ minuit jusqu'à trois heures du matin.

“Le dit S D'Ailleboust ainsy que les STM Duchambon, son Lieutenant, et Eurry de la Perrelle, son enseigne, étoient les premiers à monter sur les embrasures et faire feu sur les ennemis pour montrer à leurs soldats l'exemple, et aux autres qui étoient avec eux à la dite batterie.

“Les soldats firent même plusieurs fois descendre leurs officiers des embrasures, leur alléguant qu'ils ne devoient point ainsi s'exposer, qu'ils n'avoient qu'à les commander et qu'ils en viendroient à bout; à la fin l'ennemy fut contraint de demander quartier. Les huit cents qui devoient soutenir les premiers n'osèrent pas s'approcher et s'en furent: on fit 119 prisonniers, plusieurs blessés sont morts la même journée, et l'ennemy a eu plus de 250 de tués, noyés ou de blessés, ne s'étant sauvés, au rapport de nos prisonniers qui étoient à la batterie royale, que dans deux barges qui pouvoient contenir environ 30 hommes, parmy lesquels il y avoit plusieurs de blessés.

“L'ennemy pouvant attaquer la ville avec des barges par le quay, j'ordonnay une estacade de mâts qui prenoit depuis l'eperon du bastion Dauphin jusques à la pièce de grave, et cette estacade a été parachevée le 11 juin. L'ennemy qui s'étoit aperçu de cet ouvrage, n'a pas cessé de tirer des canons de ses batteries, sur les travaillants, mais inutilement.

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